L’edito de Pierre Yveton Tevene
Pendant des décennies, le monde a associé Haïti à des crises politiques, à l’insécurité, aux catastrophes naturelles et à la pauvreté. Notre pays, qui fut la première République noire indépendante, est aujourd’hui davantage cité pour ses difficultés que pour ses réussites. Cette image est dure. Elle est parfois injuste. Pourtant, elle existe. Une question s’impose donc. Qui peut inverser cette tendance ?
La réponse se trouve peut-être dans la jeunesse.
Plus de la moitié de la population haïtienne est jeune. Cette génération n’a pas connu les grandes heures du pays. Elle a grandi dans les crises. Elle a vu des écoles fermer, des entreprises disparaître, des familles quitter le territoire et des rêves être abandonnés. Malgré cela, des milliers de jeunes continuent d’étudier, d’entreprendre, de créer et de servir leur communauté.
Chaque semaine, des jeunes Haïtiens remportent des concours internationaux, lancent des entreprises, développent des applications, écrivent des livres, créent de la musique, excellent dans le sport ou s’engagent dans des projets sociaux. Ces réussites font rarement la une. Pourtant, elles prouvent qu’Haïti possède encore un immense capital humain.
Replacer Haïti sur la carte mondiale ne signifie pas seulement attirer les regards. Cela signifie redonner au pays une réputation fondée sur le talent, le travail et l’innovation. Aucun gouvernement ne pourra accomplir cette mission seul. Aucun partenaire étranger ne construira l’Haïti que les Haïtiens refusent eux-mêmes de bâtir.
La jeunesse doit cependant éviter un piège. Celui d’attendre que tout change avant d’agir. Les grandes transformations commencent souvent par des initiatives modestes. Une entreprise qui crée des emplois. Une association qui nettoie un quartier. Un enseignant qui refuse la médiocrité. Un journaliste qui défend la vérité. Un maire qui administre avec transparence. Chaque action compte.
Les jeunes doivent aussi comprendre que les réseaux sociaux ne remplacent pas l’engagement. Publier une opinion est facile. Construire une solution demande du courage, de la discipline et de la persévérance. Le pays a besoin de bâtisseurs, pas seulement de commentateurs.
L’État porte également une lourde responsabilité. Il doit offrir une éducation de qualité, soutenir les entrepreneurs, investir dans la culture, le sport et les nouvelles technologies. Un pays qui abandonne sa jeunesse abandonne son avenir.
La diaspora représente un autre levier. Des milliers de jeunes Haïtiens brillent à travers le monde. Ils peuvent transmettre leurs compétences, investir, accompagner des projets et créer des passerelles entre Haïti et les grandes économies. Leur réussite ne doit pas être perçue comme une perte, mais comme une opportunité.
L’histoire nous rappelle que la jeunesse haïtienne a déjà changé le destin de la nation. Les héros de l’indépendance étaient jeunes lorsqu’ils ont décidé de défier les plus grandes puissances de leur époque. Leur héritage ne consiste pas seulement à célébrer le 1er janvier. Il consiste à croire qu’une génération peut transformer l’histoire.
Haïti n’a pas perdu son intelligence. Elle n’a pas perdu sa créativité. Elle n’a pas perdu son potentiel. Ce qui manque souvent, c’est un environnement qui permet à cette énergie de produire tous ses effets.
La jeunesse peut replacer Haïti sur la carte mondiale. Mais cela ne se fera ni par miracle, ni par des discours. Cela exigera des compétences, de l’intégrité, de l’unité et une volonté de servir le pays avant de se servir soi-même.
L’avenir d’Haïti ne dépend pas seulement de ceux qui gouvernent aujourd’hui. Il dépend surtout de ceux qui auront le courage de construire le pays de demain.
Auteur/autrice
En savoir plus sur Le Miragoanais
Subscribe to get the latest posts sent to your email.










