De la plume à la mairie
Pendant trop longtemps, la jeunesse haïtienne a été enfermée dans une image injuste : celle d’une génération sans repères, condamnée à attendre ou à fuir son pays. Pourtant, au milieu des crises, de l’insécurité et du découragement collectif, certains jeunes refusent de céder au fatalisme. Ils choisissent d’agir. Ils choisissent de construire. Ils choisissent de croire qu’Haïti mérite encore qu’on se batte pour elle.
Parmi ces visages d’espoir figure Mardochée Trofort. Jeune écrivain, journaliste et désormais maire de Miragoâne, nommé par le Conseil des ministres, il incarne une jeunesse qui ne se contente pas de dénoncer les problèmes, mais qui accepte également la responsabilité d’y apporter des solutions. Son parcours rappelle que le changement ne commence pas toujours par de grands discours, mais souvent par le courage d’un seul citoyen décidé à servir sa communauté.
Avant d’accéder à cette nouvelle fonction, Mardochée Trofort s’était déjà fait connaître comme rédacteur en chef du journal Le Miragoânais, un média qui a donné une voix aux réalités locales et aux préoccupations des habitants des Nippes. À travers ses articles, il a constamment défendu une information de proximité, convaincu que le développement d’une nation passe aussi par une presse libre, responsable et engagée.
Son engagement s’est également exprimé à travers son premier ouvrage, Trop jeune pour se taire. Plus qu’un simple livre, cette œuvre est un appel à l’engagement. L’auteur y défend l’idée que la jeunesse ne doit jamais considérer son âge comme une limite à son devoir citoyen. Se taire face aux injustices, explique-t-il en substance, revient souvent à leur laisser davantage de place. Son livre est ainsi devenu le reflet d’une génération qui aspire à être entendue.
Sa nomination à la tête de la mairie de Miragoâne marque une nouvelle étape dans son parcours. Ce passage de la plume à l’administration publique démontre que les idées prennent toute leur valeur lorsqu’elles se traduisent en actions concrètes. Beaucoup dénoncent les problèmes d’Haïti. Peu acceptent d’endosser la responsabilité de contribuer directement à leur résolution. En acceptant cette mission, Mardochée Trofort adresse un message fort à la jeunesse : il est possible de transformer ses convictions en service public.
Son parcours rappelle également que la reconstruction d’Haïti ne dépendra pas uniquement des grandes décisions nationales ou de l’aide internationale. Elle reposera aussi sur des femmes et des hommes qui choisissent de servir leur pays avec compétence, intégrité et détermination, là où ils sont appelés.
L’histoire montre que les grandes transformations naissent souvent de l’engagement de personnes qui refusent la résignation. Dans un contexte où de nombreux jeunes perdent espoir ou rêvent de quitter le pays, voir l’un des leurs accéder à une fonction aussi importante constitue un signal encourageant. Ce n’est pas une garantie de succès, mais c’est une preuve que la jeunesse peut être appelée à participer à la gestion de la cité.
La nomination de Mardochée Trofort dépasse donc le simple cadre administratif. Elle symbolise la confiance placée dans une nouvelle génération appelée à prendre davantage de responsabilités. Elle rappelle surtout que les jeunes ne doivent pas être considérés uniquement comme les citoyens de demain, mais comme des acteurs capables d’influencer positivement le présent.
L’engagement de Mardochée Trofort ne s’est pas construit au hasard. Il est issu du groupement Jenès Miragwàn Konekte (JMK), un mouvement de jeunes qui prône la participation citoyenne, le leadership et le développement local. Cette expérience lui a permis de côtoyer les réalités du terrain, de dialoguer avec la jeunesse et de défendre une vision fondée sur l’action plutôt que sur les promesses. Sa nomination à la tête de la mairie de Miragoâne apparaît ainsi comme la continuité d’un parcours marqué par le service, l’engagement communautaire et la volonté de contribuer au progrès de sa ville.
Haïti a besoin d’une jeunesse qui crée, qui écrit, qui informe, qui entreprend, qui administre et qui inspire. Chaque jeune qui accepte de servir avec honnêteté ouvre une voie à d’autres. Chaque engagement sincère nourrit l’espérance d’un pays qui cherche encore les fondations de sa reconstruction.
Si Haïti veut renaître, elle devra faire confiance à celles et ceux qui, malgré les difficultés, choisissent non seulement de ne pas se taire, mais aussi d’agir.
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